LE CODE POUR UNE ÉTHIQUE GLOBALE:
L'Humanisme
rationnel ou Comment être moral sans être religieux
RODRIGUE
TREMBLAY
« Ne jamais
être tout à fait certain constitue, je crois, l'essence même
de la rationalité. »
Bertrand Russell (1872 - 1970),
philosophe britannique
« ...nous ne devons
pas et ne pouvons pas promettre un faux paradis et tracer une voie facile pour
y parvenir, ni par nos pensées ni par nos actions. »
Max Weber (1864-1920),
économiste-sociologue allemand
« Toute
vérité passe par trois étapes. Premièrement, on l'a
ridiculisé. Deuxièmement, on s'y oppose avec force.
Troisièmement, elle est acceptée comme évidente. »
Arthur Schopenhauer (1788-1860)
« Je
préfère connaître que croire. »
(Rechercher la vérité à travers les connaissances, et non
pas à travers la foi.)
Carl Sagan, astronome (1934-1996)
« La
réalité, c'est ce qui demeure quand vous cessez d'y croire. »
Philip K. Dick
.
CHAPITRE 2 RESPECT POUR LA
VIE ET LA PROPRIÉTÉ DES AUTRES
Respectez la vie
et la propriété des autres en tout temps.
CHAPITRE 3 tolÉrance ET OUVERTURE D'ESPRIT
À L'ENDROIT DES AUTRES
Pratiquez la
tolérance et l'ouverture d'esprit face aux choix et aux modes de vie des
autres.
CHAPITRE 4 PARTAGER AVEC LES
MOINS FORTUNÉS ET LES MOINS CHANCEUX
Partagez avec
ceux qui ont mauvaise fortune et apportez une assistance mutuelle à tous
ceux qui sont dans le besoin.
CHAPITRE 5 NE PAS EXPLOITER
NI DOMINER LES AUTRES
Ne recourez pas
au mensonge, au pouvoir spirituel ou au pouvoir temporel pour dominer et
exploiter les autres, et proclamez le principe de l'égalité des
chances pour tous.
CHAPITRE 7 CONSERVER ET
AMÉLIORER LES RESSOURCES DE LA PLANÈTE
Préservez
et améliorez l'environnement naturel de la Terre—la terre, le sol,
l'eau, l'air et l'espace—en tant qu'héritage commun de
l'humanité.
CHAPITRE 8 NE PAS RECOURIR
À LA VIOLENCE NI AUX GUERRES
Solutionnez les
différents et les conflits par la coopération en évitant
de recourir à la violence et aux guerres.
CHAPITRE 9 ÉTABLIR
UNE DÉMOCRATIE POLITIQUE ET ÉCONOMIQUE
Organisez les
affaires publiques selon le principe de la liberté et de la
responsabilité individuelles, en faisant appel à la
démocratie politique et économique.
CHAPITRE 10 DÉvelopper son intelligence et ses talents par
l'Éducation et l'effort
Faites en sorte
de remplacer la peur et l'ignorance par l'éducation et les
connaissances. Développez votre intelligence et vos talents par
l'éducation et l'effort, de manière à atteindre la
réalisation de soi et le bonheur, pour le mieux-être de
l'humanité et des générations futures.
CHAPITRE 11 LA MISE EN PLACE D'UN
COMPORTEMENT MORAL
Le rôle
essentiel des gouvernements, des tribunaux et de la police.
CONCLUSION L'AVENIR
DE L'HUMANITÉ
ANNEXE: Déclaration universelle des droits de
l'homme
Les Nations Unies
BIBLIOGRAPHIE
"Tantum aude, quantum potes"
(Ose autant que peux)
« Un homme fait ce que doit—en
dépit des conséquences personnelles, et malgré les
obstacles et les dangers—et c'est là l'essence de toute
moralité humaine. »
John F. Kennedy
(1917-1963) 35ième président américain
« Le fait
qu'une opinion soit largement acceptée n'est pas la preuve qu'elle n'est
pas complètement absurde; en effet, compte tenu du haut niveau de
bêtise humaine, une croyance à laquelle une majorité
s'accroche a plus de bonnes chances d'être insensée que
d'être vraie. »
Bertrand Russell
(1872-1970)
PREFACE
Ce livre
présente les grandes lignes d'une moralité globale pour tous ceux
et celles qui souhaiteraient suivre ses préceptes afin de penser et
vivre en tant qu'humaniste. On y trouvera la charpente d'un code moral objectif
fondé sur les notions de l'humanisme rationnel et les
raisons d'agir moralement dans différentes situations et circonstances
dans le contexte global qui est le nôtre présentement.
Puisque
notre perspective sur le monde influence comment nous nous comportons face aux
autres, on doit évaluer tout code moral à partir de la
façon dont ses adhérents traitent les autres et si oui ou non son
application améliore la vie des gens. Si ceux qui le suivent ont peu de
regard pour les autres et si leurs valeurs morales finissent par abaisser la
qualité de vie d'autrui, on est en présence d'un mauvais code
moral; si, par contre, ceux qui y adhèrent ont de la
considération et de la compassion pour les autres, les traitent avec
dignité et respect, et que cela résulte en une
amélioration de la qualité de vie du plus grand nombre, on dira
alors qu'il s'agit d'un bon code moral. — C'est là le test ultime
et pragmatique qui repose sur des résultats concrets.
En
décembre 2004, le Mouvement Laïque Québécois me
décerna le Prix Condorcet de philosophie politique. À cette
occasion, on me demanda de faire une courte présentation sur les
origines de la moralité humaine (métaétique). Au cours de
mes recherches, et après avoir consulté une foule d'ouvrages laïcs
et religieux sur la question, ce qui me frappa fut de découvrir combien
restreint le concept de moralité humaine a été
conçu et appliqué à travers les âges. Ce qui
m'étonna le plus fut le fait que dans la plupart des cas, surtout quand
il s'est agi de moralité politico-religieuse, on a eu tendance à
réserver l'application des principes moraux retenus à un groupe
ethnique particulier, à une nation en particulier ou aux initiés
d'une dénomination religieuse quelconque. Dans presque tous les cas, on
ne percevait pas les principes moraux comme étant des valeurs
universelles devant s'appliquer à tous les humains sans distinction de
race, de langue ou de pays.
Il
semblerait que le but premier des leaders politico-religieux d'autrefois fut de
se servir de préceptes moraux à saveur religieuse dans le but
expresse d'accroître la cohésion sociale et politique de leur
groupe ou de leur communauté, et de renforcer son unité. Souvent,
cependant, cela se fit en sacrifiant les relations harmonieuses avec les
autres, en accentuant ce qui les distinguait des autres groupes, et parfois
même en allant jusqu'à nourrir et à accentuer un sentiment
d'hostilité envers d'autres communautés humaines. Cette
observation m'a conduit à l'observation que les codes moraux anciens, et
en particulier les codes moraux à base religieuse, laissent beaucoup
à désirer si on veut s'en servir pour solutionner les
problèmes modernes d'éthique. C'est qu'ils ont malheureusement
été conçus pour un autre temps alors que prévalait
une vison plus ethnocentrique et plus belliqueuse du monde.
Il est
relativement facile de conclure de cette façon en faisant une lecture
attentive des livres supposément « saints » des principales
religions monothéistes ou abrahamiques: le judaïsme (la Tora), le
christianisme (la Bible) et l'Islam (le Qur'an ou Coran).
Dans ces
trois livres que l'on prétend être le produit d'une
révélation divine, on découvre, par exemple, qu'il est dit
de « ne pas tuer ». Mais il est sous-entendu qu'il ne faut «
pas tuer les membres de son propre groupe ». Mais pour les autres, les
« non-initiés » —les voisins, les infidèles,
les incroyants, les mécréants, les païens, les ennemis, tout
est permis. C'est ainsi que le trouve dans le livre de Deutéronome
20:16-17 une incitation directe à commettre un génocide, et donc
de tuer, à l'endroit des peuples avoisinants: « Quant aux
villes de ces peuples que Yahvé votre Dieu vous donne en
héritage, vous n'y laisserez pas subsister âme qui vive. Mais,
vous les exterminerez complètement : les Hittites, les
Amoréens, les Cananéens, les Phéréziens, les
Héviens et les Yebousiens, ainsi que vous l'a commandé
Yahvé votre Dieu. » On découvre de semblables
incitations à la violence et à la cruauté dans le livre
saint de l'Islam, le Coran. On a peut-être là l'explication
première pourquoi les personnes qui sont des fanatiques religieux n'ont
aucun remords à tuer ceux qu'ils considèrent leurs ennemis, ou
tout individu qui ne fait pas partie de leur groupe d'initiés, quelle
que soit la façon qu'ils le définissent.
Une
deuxième lacune des codes moraux à base religieuse découle
de la distinction qu'il y est faite entre la moralité individuelle ou
privée et la moralité publique. Un type de moralité
s'applique aux gens ordinaires dans leur vie de tous les jours, et une autre
moralité est réservée aux personnes qui occupent des
postes dans la fonction publique ou qui sont à la tête de
l'état, quand ils agissent à ce titre. Un individu de ne doit pas
tuer ou voler, mais un chef d'état ou un chef d'armée peut le
faire impunément. Une telle distinction morale permet peut-être
d'expliquer plus que toute autre pourquoi l'humanité doit encore subir
des guerres meurtrières en série.
Deux
exemples tirés de l'histoire récente nous aident à saisir
toute la portés pratique d'une telle ambiguïté morale. Le
premier met en cause le leader politico-religieux Oussama Ben Laden qui,
à la tête du mouvement terroriste al-Quaida, professe entretenir
deux moralités contradictoires: une viendrait du Coran l'enjoignant de
« ne pas tuer »; l'autre, aussi tirée du Coran, qui
l'autorise à tuer des personnes innocentes si c'est pour « la
cause de Dieu (Allah) ». Le second a trait au président
américain George W. Bush, un homme qui se dit profondément religieux
et qui se convertit après une vie dévergondée. Cet homme
se considérait sans doute « moral » dans le sens religieux
du terme quand il lança son pays dans une guerre d'agression contre
l'Irak, en 2003, laquelle se solda par des centaines de milliers de morts, -hommes,
femmes et enfants.
D'où
vient une telle moralité à la carte? Je réponds à
une telle question en disant que les concepts moraux qui sont tirés de
la pensée religieuse moyenâgeuse sont fondamentalement
inadéquats pour les temps modernes, alors que le monde est de plus en
plus intégré, que la Planète semble se
rétrécir et que les problèmes planétaires
requièrent des solutions planétaires. De tels codes moraux
relèvent d'une autre époque, quand l'horizon géographique
des regroupements humains étaient bien circonscrit et quand les
règles morales de survie étaient plus rudimentaires et plus
cruelles. Au cours des prochains siècles, l'humanité devra faire
siennes de nouvelles normes de moralité, si elle veut accroître
ses chances de survie dans ce nouveau contexte qu'est celui de la mondialisation
politique, économique et culturelle. En particulier, le problème
moral des changements climatiques à l'échelle de la
planète posera un défi comme on en a jamais rencontré
auparavant.
Une
troisième lacune observée dans les codes moraux à base
religieuse découle de la notion d'« enfer »
qu'ils contiennent, laquelle sert à effrayer non seulement les
fidèles, mais aussi à intimider et à démoniser tous
ceux et celles qui refusent de se soumettre aux dictats et aux dogmes des
autorités religieuses. La prolifération de telles menaces de
châtiment éternel fait appel à une forte dose
d'immoralité et d'injustice, parce qu'elle condamne sans appel les
deux-tiers de l'humanité, soit à l'exclusion, soit à des
persécutions, à des guerres de religion et même à
des génocides. Il s'agit pour la moralité religieuse d'un
défaut majeur, parce que l'idéologie de l'enfer, à cause
de la haine qu'elle a pu susciter contre « les autres », a pu
être la cause, directe ou indirecte, de millions de morts.
Une
quatrième lacune d'importance des moralités religieuses
découle de leur position philosophique à l'effet que l'esprit
humain existe indépendamment du corps humain. L'attitude négative
des églises à l'endroit du corps humain vient de cette dichotomie
artificielle et erronée qu'elles établissent entre les fonctions
physiologiques et cérébrales des personnes.
Face
à ces notions morales contradictoires et face aux nouveaux défis
que l'humanité se doit de relever, nous avons besoin d'un nouveau code
d'éthique humaniste et rationnel, c'est-à-dire une vision morale
qui transcende la moralité religieuse traditionnelle déficiente.
Il est possible qu'aux yeux de certains, il n'est nul besoin d'insister sur des
principes humanistes universels de moralité, puisqu'à premier
abord ils apparaissent tellement évidents. Nous ne sommes pas d'accord.
De tels principes ont besoin plus que jamais d'être
réitérés et d'être présentés d'une
façon ordonnée et convaincant. Ce sont des principes
supérieurs à tous autres, surtout si on les compare avec l'éthique
dualiste et la moralité de groupe qui découlent des
systèmes moraux à base religieuse. On se doit de non seulement
proclamer de tels principes humanistes de vie en société, mais on
doit les comparer sans merci aux autres moralités fautives qui nous
arrivent d'un passé plus ou moins lointain.
C'est la
raison pour laquelle nous adoptons le style comparatif pour présenter et
juger de la pertinence ou non de certains codes moraux. Cette
exégèse découle directement de ma conférence
d'acceptation du Prix Condorcet de philosophie politique et morale, dans
laquelle j'ai présenté d'une façon pédagogique les
grands principes moraux universels de la philosophie humaniste et comment de
tels principes entrent en contradiction avec plusieurs des principes moraux
à saveur religieuse.
Ce
livre ne fait pas dans la rectitude politique, car il pose carrément les
questions dans toute leur crudité et il conteste des visions
philosophiques et politiques qui ont encore cours. En ce début du 21ième
siècle, on ne peut plus se payer le luxe de compter sur des dieux
anciens et des prophètes d'une autre époque pour nous tracer la
voie de l'avenir. On doit plutôt puiser au fond de nous-mêmes pour
redécouvrir les règles fondamentales pour une vie en
société fondée sur la paix et la compréhension
mutuelle. Nous avons besoin d'un nouveau code moral pour combler le vide moral
environnant à travers le globe. —Mais attention: il faut bien
savoir que la lecture de ce livre est de nature à changer votre vision
des choses et votre façon d'aborder une foule de questions.
INTRODUCTION:
L'INFRASTRUCTURE
ÉTHIQUE DE TOUTE SOCIÉTÉ
"Vis ta vie de manière à ce que
la peur de la mort ne remplisse pas ton cœur.
Ne te mêle pas de la religion des autres.
Respecte l'opinion des autres et exige qu'ils
respectent la tienne.
Aime la vie, perfectionne ta vie, et embellis
toutes les choses dans ta vie.
Essaie d'avoir une vie longue et fructueuse et
consacre-la au service de tes semblables. Compose une noble chanson finale pour
le jour du grand départ.
Prends bien soin de toujours dire un bon mot et de
saluer un ami que tu rencontres ou croisses au hasard, et fais de même
quand il s'agit d'un étranger dans un endroit éloigné.
Fais montre de respect envers tous, mais ne rampe
devant personne.
Quand tu te lèves le matin,
réjouis-toi en voyant la lumière du jour, et sois content de te
sentir en vie, et de jouir de tes forces. Sois reconnaissant de pouvoir jouir
de ton repas et de toutes les bonnes choses de la vie. Si tu ne vois aucune
raison de te réjouir, la faute n'en tient qu'à toi.
N'abuse de rien et de personne, car l'abus fait de
l'homme sage un fou et il engourdit l'esprit.
Quand viendra le moment de la mort, ne sois pas
comme ceux qui sont remplis de frayeur à la pensée de mourir, et
qui pleurent et prient afin d'avoir un peu plus de temps pour refaire leur vie
différemment.
C'est le moment alors d'entonner ta chanson finale,
et de mourir comme un héros qui rentre chez lui."
Tecumseh, (1768-1813) –Chef
indien de la tribu des Shawnees aux États-Unis
I. UN NOUVEAU
CODE MORAL
Depuis que
les humains vivent en groupe ou en société afin de mieux
s'entraider et de mieux assurer leur survie, la question morale s'est
forcément retrouvée au cœur des rapports interpersonnels.
Dans ce sens, la moralité est sans doute la plus ancienne des questions
philosophiques. Mais, qu'est-ce que la moralité?La moralité est
une caractéristique du comportement humain; elle détermine quand
une action est bonne et quand elle est mauvaise. Elle peut être
générale ou spécifique. L'être humain a un sens
inné de ce qui est bon ou mauvais, indépendement de tout ce qui
est déité ou supernaturel. C'est son code moral de base. A titre
d'exemple, les gens savent d'instinct que tuer son semblable est
répréhensible et que voler les autres est mauvais.
[....]